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L’Annonciation

AnnonciationLe Père Eternel appela alors un archange
Qui s’appelait saint Gabriel
Et il l’envoya à une jeune vierge
Qui s’appelait Marie.

C’est du consentement de cette vierge
Que dépendait le mystère
Où l’adorable Trinité
Devait revêtir le Verbe d’une chair mortelle.

Les trois Personnes ont concouru à cette œuvre,
En une seule le mystère s’est accompli.
Et le Verbe s’est incarné
Dans le sein de Marie.

Et celui qui ne venait que du Père Eternel
Voulut avoir aussi une Mère
Qui néanmoins ne le conçut pas
Comme les autres mères d’ici-bas.

C’est de ses entrailles
qu’Il reçut sa chair,
Aussi le Fils de Dieu
S’est-il appelé aussi le Fils de l’homme.

Saint Jean de la Croix, poésie XVIII

Certe, elle n’était pas femme et charmante en vain

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Certe, elle n’était pas femme et charmante en vain ;
Mais le terrestre en elle avait un air divin ;
Des flammes frissonnaient sur mes lèvres hardies ;
Elle acceptait l’amour et tous ses incendies,
Rêvait au tutoiement, se risquait pas à pas,
Ne se refusait point et ne se livrait pas ;
Sa tendre obéissance était haute et sereine ;
Elle savait se faire esclave et rester reine,
Suprême grâce ! et quoi de plus inattendu
Que d’avoir tout donné sans avoir rien perdu !
Elle était nue avec un abandon sublime
Et, couchée en un lit, semblait sur une cime.
À mesure qu’en elle entrait l’amour vainqueur,
On eût dit que le ciel lui jaillissait du coeur ;
– Elle vous caressait avec de la lumière ;
La nudité des pieds fait la marche plus fière
Chez ces êtres pétris d’idéale beauté ;
Il lui venait dans l’ombre au front une clarté
Pareille à la nocturne auréole des pôles ;
À travers les baisers, de ses blanches épaules
On croyait voir sortir deux ailes lentement ;
Son regard était bleu d’un bleu de firmament ;
Et c’était la grandeur de cette femme étrange
Qu’en cessant d’être vierge, elle devenait ange.

Victor Hugo

Le pont

pontJ’avais devant les yeux les ténèbres. L’abîme,
Qui n’a pas de rivage et qui n’a pas de cime,
Etait là, morne, immense ; et rien n’y remuait.
Je me sentais perdu dans l’infini muet.
Au fond, à travers l’ombre, impénétrable voile,
On apercevait Dieu comme une sombre étoile.
Je m’écriais : – Mon âme, ô mon âme ! il faudrait,
Pour traverser ce gouffre où nul bord n’apparaît,
Et pour qu’en cette nuit jusqu’à ton Dieu tu marches,
Bâtir un pont géant sur des milliers d’arches.
Qui le pourra jamais ? Personne ! O deuil ! effroi !
Pleure ! – Un fantôme blanc se dressa devant moi
Pendant que je jetai sur l’ombre un œil d’alarme,
Et ce fantôme avait la forme d’une larme ;
C’était un front de vierge avec des mains d’enfant ;
Il ressemblait au lys que la blancheur défend ;
Ses mains en se joignant faisaient de la lumière.
Il me montra l’abîme où va toute poussière,
Si profond que jamais un écho n’y répond,
Et me dit : – Si tu veux, je bâtirai le pont. –
Vers ce pâle inconnu je levai ma paupière.
– Quel est ton nom ? lui dis-je. Il me dit : – La prière.

Victor HUGO

La Visitation

Visitation_Mariotto_Albertinelli
Mariotto Albertinelli

Elle chante. Dans le jardin de Zacharie,
Droite au milieu des lis qu’elle égale en splendeur,
Pour répondre au salut d’Élisabeth, Marie
En un cantique ardent laisse éclater son coeur.

Elle semble un roseau qu’embellit la tempête.
Le souffle surhumain qui, sous l’ancienne Loi,
Fit tonner ou gémir le verbe des Prophètes
S’est abattu sur Elle et parle par sa voix.

Fille du Roi-Poète, elle observe la règle
À laquelle obéit le rythme des Hébreux ;
Colombe, elle s’élance à la suite des aigles,
Et son vol virginal l’emporte plus haut qu’eux.

Toute humaine beauté devant toi s’humilie,
Pur chant d’amour jailli d’un sein qui porte Dieu.
Et dont chaque verset, pareil au char d’Élie,
S’élance vers le ciel en un essor de feu.

Elle chante. Un figuier sur son beau front se voûte.
C’est par un jour brûlant où le ciel est profond.
Élisabeth se tait, et Zacharie écoute
De tout son être ainsi que les aveugles font.

Cependant, invisible à la Vierge elle-même,
Au-dessus des grands lis qu’effleure son orteil
Un Chérubin accorde aux strophes du poème
Son luth éblouissant dressé dans le soleil.

Louis MERCIER