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Laisse en ton âme s’avancer profondément son doux regard

Giotto (détail)
Giotto (détail)

Au loin, à l’est, le jour blanchit,
La nuit des temps se rajeunit ;
Longue et profonde, une gorgée
Aux claires sources irisées !
Voici le vieux désir comblé, sanctifié,
Le doux amour divinement transfiguré.

Sur la terre Il descend enfin
L’Enfant béni de tous les cieux ;
De nouveau souffle autour du monde
Le vent de vie, inspirateur du chant;
Rassemblant les cendres éparses du passé,
Il les ranime et fait jaillir la flamme neuve.

Partout surgit des profondeurs
Un sang nouveau, une nouvelle vie;
Pour nous mettre en paix éternelle
Il s’immerge aux flots de la vie,
Et là, debout, au beau milieu, à pleines mains
Il exauce en sa Grâce toutes nos prières.

Laisse en ton âme s’avancer
Profondément son doux regard,
Et par son éternel bonheur
Tu seras envahi toi-même.
Les cœurs et les esprits, et tous les sens aussi
Vont commencer ensemble une danse nouvelle.

Prends et tiens hardiment Sa main,
Imprègne-toi de Son visage :
Tu dois, tourné vers Lui sans cesse
T’épanouir à son Soleil.
Tu n’as qu’à Lui ouvrir ton cœur entièrement,
Et comme une épouse fidèle, Il sera tien

Nôtre Il est, à présent, le Dieu
Qui nous faisait trembler naguère!
Partout Il a, du Sud au Nord,
Eveillé de célestes germes.
Et nous, dans ce jardin de Dieu, nous n’avons plus
Qu’à bien soigner chaque bouton et chaque fleur.

Novalis

Pâques – Samedi – Descente aux limbes

Le Christ au sépulcre gardé par deux anges - William Blake
Le Christ au sépulcre gardé par deux anges – William Blake

Comme Lui, que l’amour inspire,
A nous tout entier s’est donné
Et s’est couché dedans la terre
Pour fonder la Cité de Dieu.

Novalis – Cantique XI

Descente aux limbes - Fra Angelico
Descente aux limbes – Fra Angelico

Ceux que tu as perdus, Il les a retrouvés,
Tu verras près de Lui ceux que tu as aimés :
Et ceux que Sa main t’a restitués
A toi pour toujours restent attachés.

Novalis – Cantique III

Pâques – Vendredi – La mise au tombeau

Descente de croix - Fra Angelico
Descente de croix – Fra Angelico
étail Jean- Fra Angelico
Détail Jean- Fra Angelico

Quand ils t’auraient tous renié,
Je Te resrerai, moi, fidèle :
que ne soit morte à tout jamais
La gratitude sur la terre.
Tu as pour moi revêtu la Passion,
Pour moi tu as souffert la mort :
Aussi mon coeur, à tout jamais,
Joyeusement, je Tel le donne.

Novalis – Cantique VI

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Détail Marie-Madeleine Fra Angelico

Faites que je ne cherche pas tant à être consolé que de consoler,
D’être compris que de comprendre, d’être aimé que d’aimer
Parce que
C’est en donnant que l’on reçoit.
C’est en s’oubliant soi-même
Que l’on se retrouve soi-même.
C’est en pardonnant qu’on obtient le parton.
C’est en mourant que l’on ressuscite à l’éternelle vie.

Extrait de la prière de Saint François d’Assise (XIIIème siècle)

Pieta et déploration sur le corps du Christ - Fra Angelico
Pieta et déploration sur le corps du Christ – Fra Angelico
Détail - Marie
Détail – Marie

Je connais à présent des délices plus profondes que la douleur.
Si contempler ton visage n’est pas le royaume des cieux,
Je ne sais pas ce que c’est que le royaume des cieux.
Je ne te vois pas avec mes yeux, mais avec mon coeur.
Ton visage est miroir où je bois l’oubli de moi-même.

Lanza Del Vasto – Proses « Marie de Béthanie »

Piéta - Pérugin
Piéta – Pérugin

Libre, l’Amour nous est donné,
Plus de séparation jamais.
Car le flot de la pleine vie
Est comme une mer infinie.
O Nuit unique, ô volupté !
Poème unique de l’éternité !
– Et le soleil, devant les yeux
De tous, c’est la Face de Dieu.

Novalis – Hymnes à la Nuit

 Mise au tombeau - Fran Angelico

Mise au tombeau – Fran Angelico
Embaumement du Christ - Allessandro Allori
Embaumement du Christ – Allessandro Allori

Pâques – Vendredi – La crucifixion

La lance de longinus - Rubens
La lance de longinus – Rubens

Pour te consoler comme moi, Quelqu’un est là,
Qui a passionnément aimé, souffert,
Et qui est mort pour tous en mille joies,
Et même ceux qui lui faisaient le plus de mal.
Il est mort, et pourtant, c’est tous les jours, en toi,
Que tu sens sa présence et son amour,
Assuré, confiant de pouvoir, n’importe où,
L’avoir et le serrer tendrement dans tes bras.

Novalis – Cantique III

Christ en croix - Velasquez
Christ en croix – Velasquez
Crucifixion, Jean, Marie et Marie-Madeleine au pied de la Croix - Nardo di Cione
Crucifixion, Jean, Marie et Marie-Madeleine au pied de la Croix – Nardo di Cione

J’ai vu l’humain sous sa forme la plus profonde.
Je connais jusqu’au fond la texture du monde.

Oui, je sais que son sens ultime, c’est l’amour
Et que je suis ici pour aimer plus, toujours.

Et moi, j’ouvre les bras comme Il les a ouverts,
Je voudrais, comme Lui, embrasser l’univers.

Christian Morgenstern – Quarante poèmes mystiques

Pâques – Vendredi – La Passion du Christ

La flagellation - Guercino
La flagellation – Guercino
Ecce homo - Coreggio
Ecce homo – Coreggio
Chemin du calvaire - Bassano
Chemin du calvaire – Bassano
Le Christ portant sa croix - Ambrogio de Predis
Le Christ portant sa croix – Ambrogio de Predis

C’est vrai, Seigneur, horribles sont leurs crimes,
Mais si grands
Ouverts les bras de ta miséricorde
Que tu vas les reprendre et leur donner
L’évidence des signes,
Les prophètes tonnants,
La douleur salutaire et les épreuves,
Et le temps et les siècles du temps
Pour se reprendre !

S’ils savaient la saveur de ta Sagesse
Pourquoi cracheraient-ils ?
S’ils savaient la douceur de ton silence
Pourquoi chercheraient-ils d’autres plaisirs ?
S’ils avaient vu, dans le coeur de leur coeur,
Briller ta discrète lumière
Pourquoi donc s’iraient-ils perdre à tâtons
Aux ténèbres extérieurs ?

Lanza Del Vasto – Extrait de la prière de Noé

Le partage des vêtements
Le partage des vêtements

Pâques – Jeudi – Le dernier repas et la trahison

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La trahison de Judas – Martin Schoengaueur (Colmar)

Ce que ta main fait, donne-le : faire t’appartient, et donner est une joie de plus.
Si tu fais par amour du fruit, sache que tout fruit pourrit ; si tu fais pour complaire aux autres, sache que toute fleur se fane. Mais si tu fais pour l’amour du bien, ton acte demeurera dans le bien, détaché des choses et de toi.

Lanza del Vasto (extrait de Proses, Sainte Marthe)

Pâques – Jeudi – Le lavement des pieds

Le lavement des pieds - Fra Angelico
Le lavement des pieds – Fra Angelico

C’est ici ton tabouret : ici tes pieds reposent où il vit le très pauvre, l’infirme et le perdu.
Si je tente de m’incliner vers toi, ma révérence ne parvient pas à cette profondeur où reposent tes pieds parmi le très pauvre, l’infirme et le perdu.
Où ne hante jamais l’orgueil, là tu marches dans la livrée de l’humble, parmi le très pauvre, l’infirme et le perdu.
Mon coeur jamais ne trouvera sa route vers où tu tiens compagnie à ceux qui sont sans compagnon, parmi le très pauvre, l’infirme et le perdu.

R. Tagore n°10

Pâques – Mercredi – Onction à Béthanie

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Le repas chez Simon – onction à Béthanie – Jean Restout

J’irai, j’irai porter ma couronne effeuillée
Au jardin de mon père où revit toute fleur;
J’y répandrai longtemps mon âme agenouillée:
Mon père a des secrets pour vaincre la douleur.

J’irai, j’irai lui dire, au moins avec mes larmes:
‘Regardez, j’ai souffert…’ Il me regardera,
Et sous mes jours changés, sous mes pâleurs sans charmes,
Parce qu’il est mon père il me reconnaîtra.

Il dira: ‘C’est donc vous, chère âme désolée!
La terre manque-t-elle à vos pas égarés?
Chère âme, je suis Dieu: ne soyez plus troublée;
Voici votre maison, voici mon cœur, entrez!’

O clémence! ô douceur! ô saint refuge! ô Père!
Votre enfant qui pleurait vous l’avez entendu!
Je vous obtiens déjà, puisque je vous espère
Et que vous possédez tout ce que j’ai perdu.

Vous ne rejetez pas la fleur qui n’est plus belle;
Ce crime de la terre au ciel est pardonné.
Vous ne maudirez pas votre enfant infidèle,
Non d’avoir rien vendu, mais d’avoir tout donné.

Marceline Desbordes-Valmore (1786–†1859)

Pâques – Mardi – Au mont des Oliviers

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Sermon au Mont des Oliviers – Fra Angelico

Ce n’est pas moi qui juge et damne,
Sache-le bien mon fils,
Ce n’est pas moi le Créateur, le Père,
Qui tue et qui détruit,
Ce n’est pas Moi qui veux la mort
De ceux qui pèchent,
Ni le mal des méchants

Ma justice, c’est que chacun
Choisit son sort, sa fin, sa voie,
C’est que d’eux-mêmes
Ils se mette à droite ou bien à gauche,
S’emparent de leur vie, ou font trésor
De leur refus et de leur perte.

Pour que chaque être en eût sa part
Et pour que l’Homme, mon aimé,
Doué d’esprit qui tout pénètre,
Eût sa part à tout.

Lanza Del Vasto
(Extrait de Prière de Noé – Acte III, scène 5)

Pâques – Lundi – Les marchands du temple

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Jésus chassant les marchands du Temple – El Greco

Lorsqu’il fit jour, ils vinrent dans ma maison et dirent :
– « Nous n’occuperons ici qu’une toute petite place ».
Ils dirent :
– « Nous t’assisterons dans le culte de ton Dieu et nous n’accepterons humblement que notre portion de sa grâce. » :
Puis ils s’assirent dans un coin et se tinrent débonnairement tranquilles.
Mais dans l’obscurité de la nuit, turbulents et osés, avec une avidité impie, ils violèrent mon sanctuaire ; et je trouvai l’autel tout dépouillé de ses offrandes.

Rabîndranâth Tagore
L’Offrande lyrique

Nativité – sur la naissance de Jésus

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Naissance de Jésus – Albertinelli

O mystère fertile en merveilles étranges !
Ouvrez-ici, Mortels, et vos cœurs et vos yeux,
Et vous, purs Séraphins, sainte Troupe des Anges,
Venez, d’un vol ardent, en ces terrestres Lieux.
Celui dont, jour et nuit, vous chantez les Louanges,
A quitté, pour un temps, la demeure des Cieux :
Son Habit de Lumière est caché sous des Langes ;
Il change, en un toit Vil, son Palais glorieux

Sur la naissance de Notre-Seigneur
Admiration (extraits)
Laurent Drelincourt – 1795

Pensée de l’Âme dans la retraite

melancolieQuand de tout autre objet ton âme est séparée
Et, seule avec Dieu seul, n’entend plus que sa voix,
Soupire en l’invoquant, de même que tu vois
Soupirer vers le ciel une terre altérée :
Repasse avec douleur tant de jours écoulés
Dans l’erreur où tes sens, de ténèbres voilés,
Retenaient ton esprit engagé dans leurs charmes ;
Vois comme ton idole était ta vanité ;
Mêle au sang de Jésus le torrent de tes larmes
Et confonds ton orgueil par son humilité.

Arnauld d’ANDILLY (1588-1674)