Archives par mot-clé : Dieu

L’adoration des bergers

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Adoration des bergers – Philippe de Champaigne (1628)

Le Ciel s’abaisse, il veut se faire Terre.
Quand donc la Terre s’élèvera-t-elle pour se faire Ciel ?

Pense donc à ce qu’est l’humilité !
Vois de quoi la simplicité est capable.
Répond moi, petit peuple de mon cœur,
Qu’as-tu donc chanté quand tu pénétras dans l’étable,
La voix tremblante et que tu aperçus Dieu sous la forme d’un enfant ?

Puisque désormais Dieu le plus grand, est considéré comme le « petit »,
Mon désir majeur est de devenir comme un enfant.

L’éclat de la gloire brille au milieu de la nuit.
Qui peut le voir ?

Un cœur qui a des yeux et qui veille.

(Angelus Silesius, extraits du Pélerin chérubinique)

Le don de Dieu

… C’est alors, ô mon Dieu, que vous m’avez parlé

Et que vous m’avez dit : « Viens, c’est moi que tu cherches,

C’est moi qui suis l’Amour sans mesure et sans fin,

C’est moi qui suis la manne et la source d’eau vive,

Viens t’asseoir à ma table, inapaisé convive,

Moi seul puis assouvir et ta soif et ta faim. »

– O repas nuptial, mystérieux festin,

Où j’ai goûté l’amour et bu la certitude,

Où tout mon être a débordé de plénitude !

O mon Dieu, donnez moi tous les jours de ce pain !

Francis Jammes (1868 – 1938)

La Visitation

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« Mon âme exalte le Seigneur,
et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur,
parce qu’il a jeté les yeux sur l’abaissement de sa servante.
Oui, désormais toutes les générations me diront bienheureuse,
car le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses.
Saint est son nom,
et sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent.
Il a déployé la force de son bras, il a dispersé les hommes au cœur superbe.
Il a renversé les potentats de leurs trônes et élevé les humbles,
Il a comblé de biens les affamés et renvoyé les riches les mains vides.
Il est venu en aide à Israël, son serviteur, se souvenant de sa miséricorde,
selon qu’il l’avait annoncé à nos pères – en faveur d’Abraham et de sa postérité à jamais ! »
(Luc 1, 39-56)

Extase

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J’étais seul près des flots, par une nuit d’étoiles.
Pas un nuage aux cieux, sur les mers pas de voiles.
Mes yeux plongeaient plus loin que le monde réel.
Et les bois, et les monts, et toute la nature,
Semblaient interroger dans un confus murmure
Les flots des mers, les feux du ciel.

Et les étoiles d’or, légions infinies,
A voix haute, à voix basse, avec mille harmonies,
Disaient, en inclinant leurs couronnes de feu ;
Et les flots bleus, que rien ne gouverne et n’arrête,
Disaient, en recourbant l’écume de leur crête :
– C’est le Seigneur, le Seigneur Dieu !

Victor Hugo (1802-1885)

Pâques – Jeudi – Le jardin de Gethsémani

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Tarchiani

Aux pires heures de détresse
Quand le coeur est près de flancher,
Quand l’angoisse est là qui nous ronge,
Du mal qui va nous emporter :
Songeant au chagrin, à la peine
Qui vont peser sur ceux qu’on aime,
Nos yeux sont voilés d’un nuage
Où ne perce plus nul espoir.

Oh! c’est alors Dieu qui se penche
Et nous approche Son amour;
Quand nous n’aspirons qu’à mourir,
Son Ange vient et nous assiste,
Portant le calice de Vie,
Glissant en nous le réconfort;
On ne demande pas en vain
Aussi Sa paix pour ceux qu’on aime.

Novalis (Cantique XIII)

L’Amour

amourAlors Almitra dit, Parle-nous de l’Amour.
Et il leva la tête et regarda le peuple assemblé, et le calme s’étendit sur eux.
Et d’une voix forte il dit :

Quand l’amour vous fait signe, suivez le.
Bien que ses voies soient dures et rudes.
Et quand ses ailes vous enveloppent, cédez-lui.
Bien que la lame cachée parmi ses plumes puisse vous blesser.
Et quand il vous parle, croyez en lui.
Bien que sa voix puisse briser vos rêves comme le vent du nord dévaste vos jardins.
Car de même que l’amour vous couronne, il doit vous crucifier.

De même qu’il vous fait croître, il vous élague.
De même qu’il s’élève à votre hauteur et caresse vos branches les plus délicates qui frémissent au soleil,
Ainsi il descendra jusqu’à vos racines et secouera leur emprise à la terre.
Comme des gerbes de blé, il vous rassemble en lui.
Il vous bat pour vous mettre à nu.
Il vous tamise pour vous libérer de votre écorce.
Il vous broie jusqu’à la blancheur.
Il vous pétrit jusqu’à vous rendre souple.
Et alors il vous expose à son feu sacré, afin que vous puissiez devenir le pain sacré du festin sacré de Dieu.

Toutes ces choses, l’amour l’accomplira sur vous afin que vous puissiez connaître les secrets de votre cœur, et par cette connaissance devenir une parcelle du cœur de la Vie.
Mais si, dans votre appréhension, vous ne cherchez que la paix de l’amour et le plaisir de l’amour.
Alors il vaut mieux couvrir votre nudité et quitter le champ où l’amour vous moissonne,
Pour le monde sans saisons où vous rirez, mais point de tous vos rires, et vous pleurerez, mais point de toutes vos larmes.
L’amour ne donne que de lui-même, et ne prend que de lui-même.
L’amour ne possède pas, ni ne veut être possédé.
Car l’amour suffit à l’amour.

Quand vous aimez, vous ne devriez pas dire, « Dieu est dans mon cœur », mais plutôt, « Je suis dans le cœur de Dieu ».
Et ne pensez pas que vous pouvez infléchir le cours de l’amour car l’amour, s’il vous en trouve digne, dirige votre cours.
L’amour n’a d’autre désir que de s’accomplir.
Mais si vous aimez et que vos besoins doivent avoir des désirs, qu’ils soient ainsi :
Fondre et couler comme le ruisseau qui chante sa mélodie à la nuit.
Connaître la douleur de trop de tendresse.
Etre blessé par votre propre compréhension de l’amour ;
Et en saigner volontiers et dans la joie.
Se réveiller à l’aube avec un cœur prêt à s’envoler et rendre grâce pour une nouvelle journée d’amour ;
Se reposer au milieu du jour et méditer sur l’extase de l’amour ;
Retourner en sa demeure au crépuscule avec gratitude ;

Et alors s’endormir avec une prière pour le bien-aimé dans votre cœur et un chant de louanges sur vos lèvres.

Khalil Gibran (Le Prophète)

Pensée de l’Âme dans la retraite

melancolieQuand de tout autre objet ton âme est séparée
Et, seule avec Dieu seul, n’entend plus que sa voix,
Soupire en l’invoquant, de même que tu vois
Soupirer vers le ciel une terre altérée :
Repasse avec douleur tant de jours écoulés
Dans l’erreur où tes sens, de ténèbres voilés,
Retenaient ton esprit engagé dans leurs charmes ;
Vois comme ton idole était ta vanité ;
Mêle au sang de Jésus le torrent de tes larmes
Et confonds ton orgueil par son humilité.

Arnauld d’ANDILLY (1588-1674)