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Le don de Dieu

… C’est alors, ô mon Dieu, que vous m’avez parlé

Et que vous m’avez dit : « Viens, c’est moi que tu cherches,

C’est moi qui suis l’Amour sans mesure et sans fin,

C’est moi qui suis la manne et la source d’eau vive,

Viens t’asseoir à ma table, inapaisé convive,

Moi seul puis assouvir et ta soif et ta faim. »

– O repas nuptial, mystérieux festin,

Où j’ai goûté l’amour et bu la certitude,

Où tout mon être a débordé de plénitude !

O mon Dieu, donnez moi tous les jours de ce pain !

Francis Jammes (1868 – 1938)

Pâques – Jeudi – La sainte Cène

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La Cène – Fra Angelico

Un petit nombre seulement
Sait le Mystère de l’amour,
Eprouve l’insatisfaction
Et la soif éternelle.
La signification
Divine et la Cène
Aux sens humains est une énigme.
Mais qui jamais a bu
Sur de brûlantes lèvres bien-aimées
Le souffle de la vie ;
Senti son cœur, au saint embrasement,
Se fondre en ondes frémissantes ;
Qui a ouvert les yeux
Pour mesurer l’abîme
Insondable du ciel :
Il mangera, celui-là,
de Son Corps
Et boira de Son Sang
A jamais éternel.

pain_vinLe corps terrestre, qui en a
Déchiffré le sublime sens ?
Qui peut affirmer
Avoir compris le sang ?
Un jour, tout sera corps,
Unique corps,
Et dans le sang céleste baignera
Le couple bienheureux.
– Oh ! l’immense océan,
Que ne se rougit-il déjà !
Et le rocher, que n’émerge-t-il pas,
Que n’est-il chair exquise et parfumée !
Jamais il n’a de fin, le festin de délices,
Et jamais l’amour ne se rassasie.
Il ne possède l’être aimé jamais assez,
Ni d’une étreinte assez profonde et personnelle.la_cene_1494-1554_Burgo

Par des lèvres toujours un peu plus délicates,
L’aliment absorbé se change toujours plus,
Se fait plus intérieur, plus intime et plus proche.
L’âme vibre et frissonne
D’une plus haute et chaleureuse volupté,
Toujours plus affamé,
Plus assoiffé devient le cœur –
Et c’est ainsi qu’à travers les éternités
La volupté d’amour dure et se perpétue.
Ceux qui restent à jeun,
S’ils y avaient goûté seulement une fois,
Ils laisseraient tout là
Et viendraient avec nous s’asseoir
A la table dressée et jamais vide
Du Fervent Désir.
Ils y reconnaîtraient
L’inépuisable plénitude de l’Amour,
Et célébreraient la consommation
Du Corps et du Sang.

 

Novalis (Cantique VII)