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Invictus

nelsonmandela6Dans les ténèbres qui m’enserrent
Noires comme un puits où l’on se noie
Je rends grâce aux dieux, quels qu’ils soient
Pour mon âme invincible et fière.

Dans de cruelles circonstances
Je n’ai ni gémi ni pleuré
Meurtri par cette existence
Je suis debout, bien que blessé.

En ce lieu de colère et de pleurs
Se profile l’ombre de la Mort
Je ne sais ce que me réserve le sort
Mais je suis, et je resterai sans peur.

Aussi étroit soit le chemin
Nombreux, les châtiments infâmes
Je suis le maître de mon destin
Je suis le capitaine de mon âme.

William Ernest Henley (1843-1903)

Infinitude de l’Amour

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Mon cœur de rose
Sur ton coeur en roses.
Ta main en baisers de rosée
Sur ma peau tendrement déposée.
Et le soleil en veloutés irisés
Caresse l’aube d’un Amour secret.

Le silence en murmures ravissants
Déploie les délices de l’instant.
Mon oeil en ton Âme
Et ton Âme en mon œil
Libèrent les vœux de l’innocente flamme,
Dont nos corps se donnent en divins accueils.

Qu’il est doux le parfum de mon Aimé;
Dans mon écrin, son havre de paix.
Qu’il est doux le parfum de notre Amour;
Dans mon écrin, la Rose du Toujours.

Haether et Orson Willis

Extase

the-visitation-1997Suis-je ici vraiment ? Suis-je parvenu si haut ?
Paix grande et naïve et splendeur avant-dernière,
Touchant au chaos où le Ciel qui plus n’espère
Se referme et bat comme une ronde paupière.

Comme le noyé affleurant l’autre surface
Mon front nouveau-né vogue sur les horizons.
Je pénètre et vois. Je participe aux raisons.
Je tiens l’empyrée, et j’ai le Ciel pour maisons.

Je jouis à plein bord. De tous mes esprits. J’irrite
Mes sens élargis au-delà des sens, plus vite
Que l’esprit, que l’air. Je me répands sans limites,
J’étends les deux bras : je touche aux deux bouts du Temps.

Victor SEGALEN (1878-1919)

Pensée de l’Âme dans la retraite

melancolieQuand de tout autre objet ton âme est séparée
Et, seule avec Dieu seul, n’entend plus que sa voix,
Soupire en l’invoquant, de même que tu vois
Soupirer vers le ciel une terre altérée :
Repasse avec douleur tant de jours écoulés
Dans l’erreur où tes sens, de ténèbres voilés,
Retenaient ton esprit engagé dans leurs charmes ;
Vois comme ton idole était ta vanité ;
Mêle au sang de Jésus le torrent de tes larmes
Et confonds ton orgueil par son humilité.

Arnauld d’ANDILLY (1588-1674)

Durant une nuit obscure

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Jean de la Croix (Dali)

Durant une nuit obscure,
Des feux d’un désir amoureux avivée,
Ô merveilleuse aventure !
Hors, je me suis esquivée ;
En ma maison la paix était arrivée.

Dans les ténèbres, et très sûre,
Déguisée, la secrète échelle bravée,
Ô merveilleuse aventure !
Dans les ténèbres et lovée ;
En ma maison la paix était arrivée.

Durant cette nuit heureuse,
Dans un tel secret que nul ne me voyait,
De toute chose oublieuse,
Un simple rai m’aiguillait ;
Sa lumière chaude en mon cœur chatoyait.

Et sa clarté me guidait
Plus sûre que celle d’une mi-journée,
À l’endroit où m’attendait
L’élu de ma destinée ;
En ce lieu caché, de tous abandonnée.

Ô nuit qui sus me guider !
Ô nuit, plus aimable qu’un jour au lever !
Ô nuit qui sus nous brider,
L’amant m’ayant pu trouver ;
Aimée en l’amour, l’aimé put m’enlever !

Entre mes seins tout fleuris
Lesquels pour lui seul en entier se gardaient,
Il s’endormit là, chéri ;
Mes caresses il validait
Et l’éventail des cèdres le déridait.

Quand l’air soufflait aux bretèches,
Dénouant ses cheveux j’écartais ses mèches ;
À la nuit, de ses mains fraîches,
Il m’ouvrait au cou la brèche,
Et mes sens tout épris n’étaient plus revêches.

Terrassée et subjuguée,
Le visage sur l’aimé je reposai,
Tout cessa, j’étais au gué ;
Nul souci je ne pesai,
Oublié, parmi les lis je me grisai.

Jean de LA CROIX

Le pont

pontJ’avais devant les yeux les ténèbres. L’abîme,
Qui n’a pas de rivage et qui n’a pas de cime,
Etait là, morne, immense ; et rien n’y remuait.
Je me sentais perdu dans l’infini muet.
Au fond, à travers l’ombre, impénétrable voile,
On apercevait Dieu comme une sombre étoile.
Je m’écriais : – Mon âme, ô mon âme ! il faudrait,
Pour traverser ce gouffre où nul bord n’apparaît,
Et pour qu’en cette nuit jusqu’à ton Dieu tu marches,
Bâtir un pont géant sur des milliers d’arches.
Qui le pourra jamais ? Personne ! O deuil ! effroi !
Pleure ! – Un fantôme blanc se dressa devant moi
Pendant que je jetai sur l’ombre un œil d’alarme,
Et ce fantôme avait la forme d’une larme ;
C’était un front de vierge avec des mains d’enfant ;
Il ressemblait au lys que la blancheur défend ;
Ses mains en se joignant faisaient de la lumière.
Il me montra l’abîme où va toute poussière,
Si profond que jamais un écho n’y répond,
Et me dit : – Si tu veux, je bâtirai le pont. –
Vers ce pâle inconnu je levai ma paupière.
– Quel est ton nom ? lui dis-je. Il me dit : – La prière.

Victor HUGO