Je continuerai à croire, même si tout le monde perd espoir

« Je continuerai à croire, même si tout le monde perd espoir.
Je continuerai à aimer, même si les autres distillent la haine.
Je continuerai à construire, même si les autres détruisent.
Je continuerai à parler de paix, même au milieu d’une guerre.
Je continuerai à illuminer, même au milieu de l’obscurité.
Je continuerai à semer, même si les autres piétinent la récolte.
Et je continuerai à crier, même si les autres se taisent.
Et je dessinerai des sourires sur des visages en larmes.
Et j’apporterai le soulagement, quand on verra la douleur.
Et j’offrirai des motifs de joie là où il n’y a que tristesse.
J’inviterai à marcher celui qui a décidé de s’arrêter…
Et je tendrai les bras à ceux qui se sentent épuisés. »

Abbé Pierre

Je te cherche, mon Dieu

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Comme Zachée, je te cherche mon Dieu,
et si je suis trop petit, tu mettras un arbre sur mon chemin
pour me hisser jusqu’à toi.Je te cherche mon Dieu, et si dans ma quête,
je m’envole vers de trop hautes sphères,
tu me lesteras du poids concret de ta Parole
pour m’incarner avec toi.

Je te cherche mon Dieu, et si je m’égare dans des labyrinthes de codes et de lois
tu diras simplement : « Aujourd’hui, moi je viens chez toi ».

Je te cherche mon Dieu, mais tu me précèdes toujours dans ma quête.
Si je crois te trouver, tu es déjà ailleurs ; et dans l’espièglerie
de notre jeu de cache-cache, tu me conduis patiemment vers le Royaume.

Marion Muller-Colard

Le don de Dieu

… C’est alors, ô mon Dieu, que vous m’avez parlé

Et que vous m’avez dit : « Viens, c’est moi que tu cherches,

C’est moi qui suis l’Amour sans mesure et sans fin,

C’est moi qui suis la manne et la source d’eau vive,

Viens t’asseoir à ma table, inapaisé convive,

Moi seul puis assouvir et ta soif et ta faim. »

– O repas nuptial, mystérieux festin,

Où j’ai goûté l’amour et bu la certitude,

Où tout mon être a débordé de plénitude !

O mon Dieu, donnez moi tous les jours de ce pain !

Francis Jammes (1868 – 1938)

La couronne effeuillée

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J’irai, j’irai porter ma couronne effeuillée
Au jardin de mon père où revit toute fleur ;
J’y répandrai longtemps mon âme agenouillée :
Mon père a des secrets pour vaincre la douleur.

J’irai, j’irai lui dire au moins avec mes larmes :
 » Regardez, j’ai souffert…  » Il me regardera,
Et sous mes jours changés, sous mes pâleurs sans charmes,
Parce qu’il est mon père, il me reconnaîtra.

Il dira:  » C’est donc vous, chère âme désolée ;
La terre manque-t-elle à vos pas égarés ?
Chère âme, je suis Dieu : ne soyez plus troublée ;
Voici votre maison, voici mon coeur, entrez ! « 

Ô clémence! Ô douceur! Ô saint refuge ! Ô Père !
Votre enfant qui pleurait, vous l’avez entendu !
Je vous obtiens déjà, puisque je vous espère
Et que vous possédez tout ce que j’ai perdu.

Vous ne rejetez pas la fleur qui n’est plus belle ;
Ce crime de la terre au ciel est pardonné.
Vous ne maudirez pas votre enfant infidèle,
Non d’avoir rien vendu, mais d’avoir tout donné.

Marceline DESBORDES-VALMORE (1786-1859)

Prière pour Pâques

chreist_en_gloireC’est une joie profonde pour nous,
Seigneur de l’univers,
de te rendre grâce
en cette nuit de Pâques,
illuminée par le visage radieux
du Ressuscité.

Comme une aube longuement attendue,
tu viens dissiper nos ténèbres.
Tu fais resplendir une espérance invincible
là où la mort semblait triompher.

Par la lumière que répand ta Parole,
tu éclaires nos cheminements tortueux.
Par l’eau du baptême et le don de l’Esprit,
tu nous affranchis de nos idoles.
Par le partage eucharistique,
tu fais grandir en nous l’homme nouveau.

Qu’éclate dans le ciel
la joie des anges !
qu’éclate sur la terre
la joie des fils de Dieu !

Charles Wackenheim

La Visitation

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« Mon âme exalte le Seigneur,
et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur,
parce qu’il a jeté les yeux sur l’abaissement de sa servante.
Oui, désormais toutes les générations me diront bienheureuse,
car le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses.
Saint est son nom,
et sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent.
Il a déployé la force de son bras, il a dispersé les hommes au cœur superbe.
Il a renversé les potentats de leurs trônes et élevé les humbles,
Il a comblé de biens les affamés et renvoyé les riches les mains vides.
Il est venu en aide à Israël, son serviteur, se souvenant de sa miséricorde,
selon qu’il l’avait annoncé à nos pères – en faveur d’Abraham et de sa postérité à jamais ! »
(Luc 1, 39-56)

L’Annonciation

AnnonciationLe Père Eternel appela alors un archange
Qui s’appelait saint Gabriel
Et il l’envoya à une jeune vierge
Qui s’appelait Marie.

C’est du consentement de cette vierge
Que dépendait le mystère
Où l’adorable Trinité
Devait revêtir le Verbe d’une chair mortelle.

Les trois Personnes ont concouru à cette œuvre,
En une seule le mystère s’est accompli.
Et le Verbe s’est incarné
Dans le sein de Marie.

Et celui qui ne venait que du Père Eternel
Voulut avoir aussi une Mère
Qui néanmoins ne le conçut pas
Comme les autres mères d’ici-bas.

C’est de ses entrailles
qu’Il reçut sa chair,
Aussi le Fils de Dieu
S’est-il appelé aussi le Fils de l’homme.

Saint Jean de la Croix, poésie XVIII

Invictus

nelsonmandela6Dans les ténèbres qui m’enserrent
Noires comme un puits où l’on se noie
Je rends grâce aux dieux, quels qu’ils soient
Pour mon âme invincible et fière.

Dans de cruelles circonstances
Je n’ai ni gémi ni pleuré
Meurtri par cette existence
Je suis debout, bien que blessé.

En ce lieu de colère et de pleurs
Se profile l’ombre de la Mort
Je ne sais ce que me réserve le sort
Mais je suis, et je resterai sans peur.

Aussi étroit soit le chemin
Nombreux, les châtiments infâmes
Je suis le maître de mon destin
Je suis le capitaine de mon âme.

William Ernest Henley (1843-1903)

Puisque l’aube grandit

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Puisque l’aube grandit, puisque voici l’aurore,
Puisque, après m’avoir fui longtemps, l’espoir veut bien
Revoler devers moi qui l’appelle et l’implore,
Puisque tout ce bonheur veut bien être le mien,

C’en est fait à présent des funestes pensées,
C’en est fait des mauvais rêves, ah ! c’en est fait
Surtout de l’ironie et des lèvres pincées
Et des mots où l’esprit sans l’âme triomphait.

Arrière aussi les poings crispés et la colère
A propos des méchants et des sots rencontrés;
Arrière la rancune abominable ! arrière
L’oubli qu’on cherche en des breuvages exécrés !

Car je veux, maintenant qu’un Être de lumière
A dans ma nuit profonde émis cette clarté
D’une amour à la fois immortelle et première,
De par la grâce, le sourire et la bonté,

Je veux, guidé par vous, beaux yeux aux flammes douces,
Par toi conduit, ô main où tremblera ma main,
Marcher droit, que ce soit par des sentiers de mousses
Ou que rocs et cailloux encombrent le chemin ;

Oui, je veux marcher droit et calme dans la Vie,
Vers le but où le sort dirigera mes pas,
Sans violence, sans remords et sans envie :
Ce sera le devoir heureux et gais combats.

Et comme, pour bercer les lenteurs de la route,
Je chanterai des airs ingénus, je me dis
Qu’elle m’écoutera sans déplaisir sans doute ;
Et vraiment je ne veux pas d’autre Paradis.

Paul Verlaine, La bonne chanson

J’ai ancré l’espérance

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J’ai ancré l’espérance
Aux racines de la vie

*

Face aux ténèbres
J’ai dressé des clartés
Planté des flambeaux
A la lisière des nuits

*

Des clartés qui persistent
Des flambeaux qui se glissent
Entre ombres et barbaries

*

Des clartés qui renaissent
Des flambeaux qui se dressent
Sans jamais dépérir

*

J’enracine l’espérance
Dans le terreau du cœur
J’adopte toute l’espérance
En son esprit frondeur.

Andrée Chedid

Poème publié dans l’anthologie Une salve d’avenir.
L’espoir, anthologie poétique, parue chez Gallimard en Mars 2004

Extase

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J’étais seul près des flots, par une nuit d’étoiles.
Pas un nuage aux cieux, sur les mers pas de voiles.
Mes yeux plongeaient plus loin que le monde réel.
Et les bois, et les monts, et toute la nature,
Semblaient interroger dans un confus murmure
Les flots des mers, les feux du ciel.

Et les étoiles d’or, légions infinies,
A voix haute, à voix basse, avec mille harmonies,
Disaient, en inclinant leurs couronnes de feu ;
Et les flots bleus, que rien ne gouverne et n’arrête,
Disaient, en recourbant l’écume de leur crête :
– C’est le Seigneur, le Seigneur Dieu !

Victor Hugo (1802-1885)

Il meurt lentement

ACHILLE-PATROCLE-FUSELIIl meurt lentement celui qui ne voyage pas, celui qui ne lit pas, celui qui n’écoute pas de musique, celui qui ne sait pas trouver grâce à ses yeux.
Il meurt lentement celui qui détruit son amour-propre, celui qui ne se laisse jamais aider.
Il meurt lentement celui qui devient esclave de l’habitude, refaisant tous les jours les mêmes chemins, celui qui ne change jamais de repère, ne se risque jamais à changer la couleur de ses vêtements ou qui ne parle jamais à un inconnu.
Il meurt lentement celui qui évite la passion et son tourbillon d’émotions celles qui redonnent la lumière dans les yeux et réparent les cœurs blessés.
Il meurt lentement celui qui ne change pas de cap lorsqu’il est malheureux au travail ou en amour, celui qui ne prend pas de risques pour réaliser ses rêves, celui qui, pas une seule fois dans sa vie,…n’a fui les conseils sensés.

-Vis maintenant !
-Risque tout aujourd’hui !
-Agis tout de suite !
-Ne te laisse pas mourir lentement !
-Ne te prive pas d’être heureux !

Pablo Neruda

Le guerrier de la lumière

Tout guerrier de la lumière a déjà perdu la foi en l’avenir
Tout guerrier de la lumière a eu peur de s’engager dans le combat.
Tout guerrier de la lumière a trahi et menti par le passé.
Tout guerrier de la lumière a déjà perdu la foi en l’avenir.
Tout guerrier de la lumière a souffert pour des choses sans importance.
Tout guerrier de la lumière a douté d’être un guerrier de la lumière.
Tout guerrier de la lumière a manqué à ses obligations spirituelles.
Tout guerrier de la lumière a dit oui quand il voulait dire non.
Tout guerrier de la lumière a blessé quelqu’un qu’il aimait.

C’est pour cela qu’il est un guerrier de la lumière ; parce qu’il est passé par toutes ces expériences et n’a pas perdu l’espoir de devenir meilleur.

Paolo Coelho

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Les femmes sont sur la terre

waterfalllady1Les femmes sont sur la terre
Pour tout idéaliser ;
L’univers est un mystère
Que commente leur baiser.

C’est l’amour qui, pour ceinture,
A l’onde et le firmament,
Et dont toute la nature,
N’est, au fond, que l’ornement.

Tout ce qui brille, offre à l’âme
Son parfum ou sa couleur ;
Si Dieu n’avait fait la femme,
Il n’aurait pas fait la fleur.

A quoi bon vos étincelles,
Bleus saphirs, sans les yeux doux ?
Les diamants, sans les belles,
Ne sont plus que des cailloux ;

Et, dans les charmilles vertes,
Les roses dorment debout,
Et sont des bouches ouvertes
Pour ne rien dire du tout.

Tout objet qui charme ou rêve
Tient des femmes sa clarté ;
La perle blanche, sans Eve,
Sans toi, ma fière beauté,

Ressemblant, tout enlaidie,
A mon amour qui te fuit,
N’est plus que la maladie
D’une bête dans la nuit.

Victor Hugo

Laisse en ton âme s’avancer profondément son doux regard

Giotto (détail)
Giotto (détail)

Au loin, à l’est, le jour blanchit,
La nuit des temps se rajeunit ;
Longue et profonde, une gorgée
Aux claires sources irisées !
Voici le vieux désir comblé, sanctifié,
Le doux amour divinement transfiguré.

Sur la terre Il descend enfin
L’Enfant béni de tous les cieux ;
De nouveau souffle autour du monde
Le vent de vie, inspirateur du chant;
Rassemblant les cendres éparses du passé,
Il les ranime et fait jaillir la flamme neuve.

Partout surgit des profondeurs
Un sang nouveau, une nouvelle vie;
Pour nous mettre en paix éternelle
Il s’immerge aux flots de la vie,
Et là, debout, au beau milieu, à pleines mains
Il exauce en sa Grâce toutes nos prières.

Laisse en ton âme s’avancer
Profondément son doux regard,
Et par son éternel bonheur
Tu seras envahi toi-même.
Les cœurs et les esprits, et tous les sens aussi
Vont commencer ensemble une danse nouvelle.

Prends et tiens hardiment Sa main,
Imprègne-toi de Son visage :
Tu dois, tourné vers Lui sans cesse
T’épanouir à son Soleil.
Tu n’as qu’à Lui ouvrir ton cœur entièrement,
Et comme une épouse fidèle, Il sera tien

Nôtre Il est, à présent, le Dieu
Qui nous faisait trembler naguère!
Partout Il a, du Sud au Nord,
Eveillé de célestes germes.
Et nous, dans ce jardin de Dieu, nous n’avons plus
Qu’à bien soigner chaque bouton et chaque fleur.

Novalis

Libertad

libertadFais demi-tour, oh, libertad, la guerre est finie
Laisse là la guerre et marche à grand pas
Sans hésiter, submerge résolument le monde
Laisse là les signes du passé et les mémoires rétrospectives des patries
Laisse là les hérauts qui chantent les échos des gloires passées
Les chants des temps féodaux, du triomphe des monarques, de l’esclavage, des castes
Marche vers le monde, les triomphes futurs et à venir
Laisse là ce monde qui regarde derrière
Laisse-le aux hérauts d’hier et d’avant-hier
Laisse leur les vestiges du passé
Mais ce qui reste est à ceux qui chantent pour toi
Les guerres à venir sont tiennes
Alors marche sans crainte, oh libertad
Tourne toi figure éternelle
Vers là où le futur, plus grand que tout le passé
S’apprête en grande hâte, en toute certitude, à te recevoir.

Walt Whitman (1819 – 1892) O Libertad !

Infinitude de l’Amour

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Mon cœur de rose
Sur ton coeur en roses.
Ta main en baisers de rosée
Sur ma peau tendrement déposée.
Et le soleil en veloutés irisés
Caresse l’aube d’un Amour secret.

Le silence en murmures ravissants
Déploie les délices de l’instant.
Mon oeil en ton Âme
Et ton Âme en mon œil
Libèrent les vœux de l’innocente flamme,
Dont nos corps se donnent en divins accueils.

Qu’il est doux le parfum de mon Aimé;
Dans mon écrin, son havre de paix.
Qu’il est doux le parfum de notre Amour;
Dans mon écrin, la Rose du Toujours.

Haether et Orson Willis

Tu seras un homme, mon fils

 

homme_fils-300x199Tu seras un homme, mon fils.
Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et, sans dire un seul mot te remettre à bâtir
Ou perdre d’un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir.

Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,
et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre.

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter les sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d’un mot.

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois
Et si tu peux aimer tous tes amis en frères
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi.

Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, sans laisser ton rêve être ton maître
Penser, sans n’être qu’un penseur.

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu peux être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant.

Si tu peux rencontrer triomphe après défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front.
Si tu peux conserver ton courage et ta tête,
Quand tous les autres la perdront.

Alors, les rois, les dieux, la chance et la victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut mieux que les rois et la gloire,
Tu seras un homme, mon fils.

Rudyard Kipling (1865/1936)